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Cantelli – I – Debussy

La Mer – Le Martyre de Saint – Sébastien (fragments symphoniques)

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Guido Cantelli (1920-1956) a montré beaucoup d’affinités avec la musique de Debussy et il en a laissé avec le Philharmonia Orchestra des enregistrements discographiques mémorables: Prélude à l’Après-Midi d’un Faune; Nocturnes (Nuages et Fêtes); La Mer; et enfin les fragments symphoniques du Martyre de Saint-Sébastien qui étaient peu joués à l’époque et plutôt considérés comme une œuvre de second ordre. C’est le disque de Cantelli qui a probablement permis à cette œuvre d’être enfin considérée à sa juste valeur.

La Mer:

Si on en croit la liste (incomplète) de ses concerts1, il a donné pour la première fois « La Mer » le 9 août 1953 avec les Wiener Philharmoniker au Festival de Salzbourg. Ensuite, il la présenta avec l’orchestre de la Scala au Festival de Lucerne (29 août), puis à Milan (7 et 9 octobre).

Ensuite, ce fut New York, pour 4 concerts successifs du New-York Philharmonic (4,5,6 et 7 mars 1954), dont le dernier, celui du dimanche a été radiodiffusé et enregistré.

En 1954, il y eut également trois concerts avec le Philharmonia (23 et 24 mai à Londres; 9 septembre à Édimbourg), ainsi que l’enregistrement pour EMI (13 et 14 septembre).

Toutes les exécutions ultérieures ont eu lieu en 1955 avec l’orchestre de la Scala au cours de deux tournées, l’une européenne (26 septembre – 6 octobre), et l’autre en Italie (5 au 16 novembre).

Concernant les concerts avec le NYPO (4-7 mars 1954), la lecture des critiques de l’époque Louis Biancolli (New York World Telegram), Olin Downes (New-York Times), Harriet Johnson (New York Post) et Virgil Thomson (New York Herald Tribune) étonne:

Pour lire ces critiques et connaitre le détail des programmes, cliquer ici:

Elles sont plutôt négatives, mais elles concernent cependant le tout premier concert, celui du jeudi 4, pour lequel le Concertmaster John Corigliano a du être remplacé à la dernière minute par l’Assistant Concertmaster Michael Rosenker. Il est fort probable que l’interprétation donnée lors du quatrième et dernier concert ait été meilleure, car à l’audition , elle compterait plutôt parmi les plus belles jamais enregistrées. Mais la lecture des articles montre que les critiques avaient une conception de l’œuvre très différente de celle du chef.

Le Martyre de Saint-Sébastien (fragments symphoniques):

Les fragments symphoniques du « Martyre » sont entrés beaucoup plus tôt dans son répertoire, à savoir le 15 janvier 1951, lors d’un concert donné au Manhattan Center avec le NBC SO.

Ensuite, en 1953, il y eut deux présentations à New York, les 12,13,14 et 15 mars avec le New York Philharmonic (NYPO), puis le NBC SO (20 décembre).

Avec le Phiharmonia Orchestra, il y eut deux concerts en 1954, le 23 mai à Londres et le 9 septembre à Édimbourg, encadrant les séances d’enregistrement des 4 et 8 juin. Laurence Lewis2 décrit l’émerveillement de tous ceux qui ont assisté à ces séances: pour le violoniste Hans Geiger: « Parmi les plus beaux sons que j’aie jamais entendus. C’était absolument fantastique, à couper le souffle »; et pour Clement Relf, bibliothécaire de l’orchestre: « Je me souviens encore des sons de l’orchestre, qui étaient merveilleux. Il sonnait comme un orgue géant ».

Par contre, l’œuvre n’a pas été inscrite à ses programmes avec l’orchestre de la Scala, mais on notera le concert du 19 septembre 1954, à la Fenice de Venise, avec l’orchestre de la RAI de Rome, la dernière fois qu’il dirige l’œuvre.

Nous disposons de cinq enregistrements, tous différents. Le tableau des minutages, qui donne certes une vision très partielle, est néanmoins éloquent:

NBC SO (15 janv. 1951) (3’18; 5’21; 5’20; 5’37) Testament, Music & Arts

NYPO (15 mars 1953) (3’25; 5’35; 5’30; 5’30) Music & Arts

NBC SO (20 déc. 1953) (3’47; 6’20; 6’20; 6’15) Andromeda

Philharmonia (4/8 juin 1954) (3’43; 6’03; 5’55; 5’40) EMI/Warner

Philharmonia (9 sept. 1954) (3’15; 5’51; 5’16; 5’20) ICA Classics

Après la vision la plus lente et la plus introspective de décembre 1953 (NBC SO), Cantelli est revenu au Festival d’Édimbourg (9 sept. 1954), aux tempi de sa toute première version!

________________________________

La Mer: New York Philharmonic Carnegie Hall 7 mars 1954

Le Martyre de Saint-Sébastien (Fragments symphoniques): NBC SO Carnegie Hall 20 décembre 1953

1,2Laurence Lewis Guido Cantelli Portrait of a Maestro publié par A.S. Barnes & Co. (1981)

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Toscanini BBC SO – II – Beethoven Symphonies n°1 & 6

 

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1937 est une grande année pour la BBC qui dispose depuis 1932 de la Broadcasting House, très proche de Queen’s Hall, ce qui est idéal pour les retransmissions, et qui a lancé fin 1936 une chaîne de télévision avec des images en 405 lignes. 1937 est la « Coronation Year », avec une série d’événements  dont la « Coronation Season » à Covent Garden qui fait également l’objet de retransmissions radiophoniques. Le 12 mai, jour du couronnement, la  Coronation procession est retransmise par la télévision.

 

De gauche à droite et en montant: Broadcasting House – All Souls’ Church – Queen’s Hall

 

Queen’s Hall, salle de 2400 places, inaugurée en 1893, et détruite au cours d’un bombardement en 1941

Un autre grand succès pour la BBC est le retour de Toscanini qui,  après ses quatre concerts de 1935, fait deux visites, l’une pour diriger  à Queen’s Hall avec le BBC SO les six concerts du London Music Festival (26 et 28 mai,  2, 4, 14 et 16 juin) ainsi qu’un concert au New Theatre d’Oxford le 8 juin, et l’autre pour deux concerts le 30 octobre et le 3 novembre.

Une première séance d’enregistrement est organisée par HMV à Queen’s Hall le 17 juin, après quoi le chef rentre en Italie, à Isolino San Giovanni. Les deux premiers mouvements de la « Pastorale » sont gravés et l’enregistrement du 2ème mouvement est approuvé par Toscanini.

La symphonie est enregistrée dans sa totalité les 21 et 22 octobre, mais pour le 2ème mouvement, c’est la captation du 17 juin qui sera publiée.

La première symphonie est enregistrée le 25 octobre1. Les deux faces 78 tours du Final sont rejetées par le chef. Elles seront donc refaites le 2 juin 19382.

Des différences de qualité sonore sont perceptibles et affectent le Final des symphonies 1 et 4, et surtout le 2ème mouvement de la « Pastorale ». L’ouvrage de Christopher Dyment3  permet d’en comprendre les raisons qui sont très révélatrices des rapports entre Toscanini et HMV et aussi de la manière dont le chef percevait les enregistrements commerciaux. Il explique aussi les erreurs de date d’enregistrement dans les publications ultérieures, en particulier la date du 22 juin (au lieu du 17 juin) pour le 2ème mouvement de la « Pastorale » comme ci-dessous lors de sa première ré-édition en 33 tours en 1958 (ALP 1664):

ou l’addition du 16 juillet (coffret  » HMV Treasury » de 1986):

Les équipes techniques d’HMV enregistraient habituellement à Abbey Road, dont le grand studio n°1 servait pour les prises de son d’orchestre, et ils disposaient sur place de tout le matériel technique. Pour faire des prises de son à l’extérieur, il était habituel de relayer le son vers Abbey Road à partir d’une ligne téléphonique de qualité professionnelle.

La journée d’enregistrement du 17 juin était capitale, car elle constituait un test qui conditionnait la suite. Toscanini voulait enregistrer chaque mouvement d’un seul tenant, sans interruption, comme il l’avait fait l’année précédente pour ses enregistrements avec le New-York Philharmonic. Au lieu de graver directement les matrices destinées au pressage des disques, l’équipe technique a décidé d’utiliser une technique inhabituelle, à savoir graver sur place des matrices 78 tours de 14″ (35 cm) référencées TT (Technical Test) avec un recouvrement notable entre les faces. Ceci permet à la fois d’obtenir un enregistrement ininterrompu et de réaliser ultérieurement par copie les matrices définitives 12″ (30 cm), avec des transitions optimales entre les faces. Les reports ont lieu dans la « Transfer Room » les 21 et 24 juin pour les 3 faces du premier mouvement, et le 22 juin pour les 3 faces du deuxième mouvement, et ils sont soumis à Toscanini le 29 juin. Le 5 juillet, le chef approuve 5 des 6 faces 78 tours et donne son accord pour la poursuite des enregistrements en octobre. Le report des deux premières faces du 2ème mouvement est refait le 16 juillet et ce mouvement est définitivement approuvé par le chef à la fin du mois.

Comme la date d’enregistrement est habituellement la date de gravure des matrices, les éditions successives en microsillon n’ont pas tenu compte du fait que les matrices avaient fait l’objet d’une copie, ce qui était en effet très inhabituel, et la date de ces copies (22 juin et 16 juillet) a été confondue avec la date d’enregistrement qui est en fait le 17 juin.

Pour les séances d’enregistrement d’octobre, HMV a réussi à persuader Toscanini de jouer chaque mouvement dans une quasi-continuité, c’est-à dire d’observer une pause de quelques secondes à la fin de chaque face 78 tours, ce qui a permis, pour les quatre mouvements restants de la « Pastorale » et les trois premiers mouvements de la 1ère, de graver directement les matrices 12″ (30 cm) en utilisant une unité mobile (« mobile van »). Dans le 2ème mouvement de la « Pastorale », et à cause de la procédure de copie utilisée, une dégradation de la qualité sonore est très perceptible.

Pour la séance d’enregistrement du 2 juin 1938, Toscanini a exigé de jouer les œuvres sans interruption, et à l’exception de l’ouverture de Mozart (« Zauberflöte »), pour laquelle l’existence d’une pause dans la musique permettait un enregistrement direct des deux faces, HMV a été obligé de recourir de nouveau au procédé de report, ce qui fait que le Finale de la 1ère symphonie ré-enregistré ce jour-là sonne un peu moins bien que les trois autres, mais heureusement, la perte de qualité est ici moindre que pour la « Pastorale ».

La 4ème symphonie a pu être gravée directement le 1er juin 1939, bien que Toscanini ait maintenu son exigence de jouer chaque mouvement sans interruption, et seule la deuxième face du Final a fait l’objet d’un report, sans que la raison en soit connue.

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Symphonie n°1: matrices 2ER 241-2A, 242-1A; 243-1A; 244-1A, 245-2A (Mouvements I à III – 25 octobre 1937) et 2ER246-2 et 247-3 (Mouvement IV – 2 juin 1938). Producteur/Producer: Lawrence Collingwood. Ingénieur du son/Balance Engineer: Edward Fowler

Symphonie n°6: matrices 2ER 231-1; 232-1; 233-1 (Mouvement I – 21 octobre 1937); 2EA3585-2; 3586-2; 3587-1 (Mouvement II – 17 juin 1937); 2ER 237-2; 238-2A; 239-2A (Mouvements III, IV et V-1 – 22 octobre 1937); 2ER340-1A (Mouvement V-2 – 21 octobre 1937). Producteur/Producer: Lawrence Collingwood. Ingénieurs du son/Balance Engineers: Edward Fowler, Arthur Clarke & Douglas Larter

 

1La Tragische Overture de Brahms est également enregistrée.

2 Egalement enregistrés: Mozart Zauberflöte Ouv., Rossini La Scala di Seta Ouv., et Weber (orch . Berlioz) Invitation à la Valse.

3Christopher Dyment « Toscanini in Britain  » (The Boydell Press)

 

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Toscanini BBC SO – I – Beethoven Symphonies n°7 & 4

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Entre 1935 et 1939, Arturo Toscanini a donné 26 concerts avec le BBC Symphony Orchestra, dont 25 à Queen’s Hall, tous retransmis par la BBC, et un à Oxford. Des enregistrements effectués par la BBC, ou bien à partir des retransmissions sont parvenus jusqu’à nous. HMV a enregistré ses quatre concerts du London Music Festival de 1935 (3, 5, 12 et 14 juin)1 et un concert en 1938 (le 10 juin), mais à l’époque, le « Maestrissimo » n’a donné son autorisation de publication pour aucun d’entre eux. Ce n’est que plus tard, au cours des années 1980, que ces captations ont été progressivement mises à la disposition du public. Des séances d’enregistrements pour HMV ont eu lieu à Queen’s Hall en 1937 (17 juin, 21, 22 et 25 octobre), 1938 (2 juin) et 1939 (1 juin) et ont donné lieu à l’époque à des publications en 78 tours2.

Ces concerts couvrent une période au cours de laquelle la personnalité musicale de Toscanini  était en train d’évoluer (l’approche de la guerre?), mais les affinités entre le chef et l’orchestre sont évidentes3. Les interprétations s’y révèlent dans toute leur subtilité, sans les duretés que l’on trouvera par exemple dans le cycle Beethoven de 1939 avec l’orchestre de la NBC, bien que certains signes avant-coureurs soient perceptibles et avaient d’ailleurs été remarqués à l’époque.

Nous vous invitons à écouter la dernière œuvre,  la 7ème symphonie de Beethoven, du concert public du 14 juin 1935 qui clôturait le London Music Festival:

 

L’enregistrement a été effectué par HMV sur 10 faces 78 tours4. En complément: la 4ème symphonie de Beethoven enregistrée sur 8 faces 78 tours5 le 1er juin 19396, dans une prise de son due à Edward Fowler. Les reports ont été effectués à partir de microsillons, publiés en 1970 pour la 4ème symphonie (reports de 78 tours par Anthony Griffith), et en 1986 pour la 7ème symphonie (reports de 78 tours par Keith Hardwick), dans les deux cas à partir des matrices métalliques d’origine.

1Le troisième London Music Festival, organisé par la BBC, comprenait huit concerts retransmis depuis Queen’s Hall, dont l’acoustique était renommée: le premier, dirigé par Adrian Boult était consacré à la Messe en si de Bach (10mai). Les trois suivants, les 17, 22 et 27 mai, étaient dirigés par Serge Koussevitzky.

2Le livre de Christopher Dyment « Toscanini in Britain  » (The Boydell Press) est une référence incontournable.

3 Le livre de Bernard Shore, alto solo du BBC SO, « The orchestra speaks » paru en 1938 (Longsmans,Green and Co.) donne en 25 pages un compte-rendu on ne peut plus détaillé des relations entre l’orchestre et le chef.

4matricées 2EA2251-2-2A à 2EA2260-2-2A. 

5matricées 2EA7959-3,  2EA7960-2, 2EA7961-3, 2EA7962-2, 2EA7963-2, 2EA7964-1, 2EA7965-1 et  2EA7966-2A provenant d’un report effectué le 5 juillet à partir de la prise 3 (matrice 2EA7966-3A) du 1er juin.

6En 1935 le « leader » de l’orchestre était Arthur Catterall. En 1939, c’est Paul Beard, comme le montre le programme du concert du 8 mai 1939 diffusé par la BBC:

Arthur Catterall (1883-1943) a été le « leader » du Hallé Orchestra de 1907 à 1925. Il a poursuivi une carrière de soliste et a fondé le Catterall Quartet et le Catterall String Orchestra. En 1929, il devient le « leader » du BBC SO nouvellement fondé, dont le concert inaugural officiel a lieu le 22 octobre 1930 avec son plein effectif de 115 musiciens. En 1936, il quitte ce poste pour se consacrer à sa carrière de soliste et pour enseigner. Il est alors remplacé par Paul Beard (1901-1989) qui était le leader du City of Birmingham Orchestra à partir de 1922, puis du Royal Philharmonic Orchestra depuis sa fondation par Beecham en 1932, et a choisi le BBC SO de préférence au Boston SO. Il restera à ce poste jusqu’à sa retraite en 1962. Toscanini le considérait comme le plus grand « leader » d’orchestre qu’il ait connu.

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Bernard Kruysen et Jean-Charles Richard – I – Schumann Liederkreis Op. 39 & Gedichte Op. 90

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Bernard Kruysen (1933-2000) a chanté beaucoup de mélodies françaises (Debussy, Ravel, Fauré, Duparc, Poulenc). Dans l’univers du Lied, à l’époque dominé chez les barytons par Gérard Souzay, Hermann Prey et Dietrich Fischer-Dieskau, il a créé, pour les Lieder de Schumann, un style unique fait de naturel et d’émotion, totalement exempt de la surinterprétation, souvent reprochée, à tort ou à raison, aux chanteurs précités.

Les disques que l’on connait de lui sont pratiquement tous accompagnés par Noël Lee, pianiste fort apprécié par Nadia Boulanger, mais on a semble-t-il oublié ses premiers enregistrements, de 1961 à 1965, réalisés avec un autre pianiste, Jean-Charles Richard, et ils n’ont presque jamais fait l’objet de rééditions depuis leur parution.

Leur écoute, et particulièrement celle des Lieder de Schumann, nous révèle un pianiste au toucher remarquable, et dont le jeu fin et subtil est en parfaite symbiose avec la respiration du chanteur. Et vient alors la question: comment un pianiste de ce niveau a-t-il pu être oublié?

Ci-dessus: Bernard Kruysen et Jean-Charles Richard

Né en 1922, Jean-Charles Richard est entré très jeune au Conservatoire de Paris, mais, suite à un grave accident, ses études ont été interrompues plusieurs fois pour des séjours à l’hôpital et on imagine la volonté dont il a fait preuve pour les mener à bien. En 1948, il a obtenu à l’unanimité le prix Diémer. Son répertoire comportait Bach, Beethoven, Chopin, Schumann, Liszt, Brahms, Debussy, Ravel (dont il a enregistré une intégrale de la musique pour piano seul) et Prokofiev. Son activité de pianiste ne s’est pas poursuivie au delà du milieu des années 70, et ensuite, il est devenu professeur au Conservatoire (CNSM) de Lyon, puis de Paris, et enfin Directeur du Conservatoire de Bobigny. Il est décédé en 2012.

Voici de Schumann le Liederkreis Op.39 ainsi que les 6 Gedichte und Requiem Op.90 enregistrés à Copenhague en janvier 1964.

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Fritz Busch – I – Beethoven Symphonies n° 3 et 8

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Fritz Busch dirige Beethoven avec le Niederösterreichisches Tonkünstler Orchester (Octobre 1950)

Entre le 22 septembre et le 29 octobre 1950, Fritz Busch, a donné à Vienne, où il ne s’était pas produit depuis février 19341, une série de 11 représentations d’opéra au Theater an der Wien (entre le 22 septembre et le 24 octobre: Mozart Figaros Hochzeit (4 fois), Wagner Meistersinger (4 fois), et Verdi Otello (3 fois), un concert avec les Wiener Symphoniker (WSO) le 15 octobre (enregistré par la Radio) et enfin deux concerts, les 28 et 29 octobre, avec les Wiener Philharmoniker (WPO) tout juste rentrés d’une longue tournée (25 septembre-22 octobre) dans les pays nordiques, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse avec Wilhelm Furtwängler.

A ce planning extrêmement chargé, mais Fritz Busch avait la réputation d’être un «bourreau» de travail, s’est ajoutée à la dernière minute une série d’enregistrements réalisés à la Brahms-Saal du Musikverein pour la firme Remington, avec au programme les symphonies n° 3 et 8 de Beethoven et la symphonie n°101 dite « L’Horloge » de Haydn. Le responsable pour l’Autriche de la firme Remington, Marcel Prawy2, a pris contact avec Fritz Busch dès son arrivée à Vienne le 16 ou le 17 septembre pour lui proposer ces enregistrements, proposition rapidement matérialisée par une lettre du 19 septembre 1950 à Fritz Busch. L’argumentaire de M. Prawy reposait sur la qualité: le matériel d’enregistrement sera fourni par Telefunken grâce à un contrat exclusif, et l’ingénieur du son sera le Dr. Hans Sachs de la Radio autrichienne RAVAG, avec le confort de six jours d’enregistrement pour les trois oeuvres3, soit des conditions comparables à celles des grandes maisons de disque.

De prime abord, le choix de l’orchestre, le Niederösterreichisches Tonkünstler Orchester (ou Orchestre des Musiciens de Basse-Autriche), ne pouvait que surprendre. En fait, Marcel Prawy avait peu de choix. Le WPO était sous contrat avec de grands éditeurs de disques, et de toutes façons, il était en tournée. Pas question non plus d’avoir recours à un orchestre de circonstance comme ça a été le cas pour nombre d’enregistrements à l’époque, regroupant sous un nom générique des musiciens de l’Orchestre du Staatsoper et du Volksoper engagés au cachet, avec peu de répétitions. Quant au WSO, sa pratique était plutôt de faire, également avec peu de répétitions, beaucoup d’enregistrements pour le disque et pour la Radio (p.ex. les enregistrements d’Otto Klemperer pour la firme Vox ou l’intégrale des symphonies de Bruckner par Volkmar Andreae).

La firme Remington a malencontreusement publié ces enregistrements «à l’économie» dans une série bon marché, la gravure et le pressage étant de qualité inférieure, avec un son agressif, ce qui a conduit à une réception mitigée par les critiques. L’un d’entre eux n’a-t-il pas écrit à propos de l’Eroïca que «Busch donne une exécution de haut niveau avec un orchestre de second ordre»? La lecture de la discographie comparée des symphonies de Beethoven parue au printemps 1952 dans la revue «High Fidelity»4 permet de comprendre que, si la qualité technique des disques Remington n’avait pas été médiocre, les disques de Busch auraient pu créer l’événement.

Et comme la firme Remington a fini par disparaître, ces enregistrements, dont Fritz Busch était pourtant très satisfait, sont tombés dans un oubli relatif, jusqu’à ce qu’au début des années 80, la firme Relief , établie au Liechtenstein, les réédite à partir semble-t-il des bandes originales, avec cette fois une qualité de gravure et de pressage soignée. L’écoute montre qu’en fait l’orchestre est très bon, et surclasse même le WSO, notamment en ce qui concerne les pupitres des cordes, que les interprétations sont de très haut niveau et que la prise de son est tout à fait remarquable.

Malheureusement, la firme Relief ne s’est pas avérée plus pérenne que Remington et aucune réédition ultérieure à partir des bandes originales, qui sont de nos jours introuvables, n’a vu le jour.

Les deux microsillons Relief sont donc les meilleures sources à ce jour disponibles pour ces deux symphonies (3 et 8) de Beethoven, les seules enregistrées pour le disque par ce grand beethovénien qu’était Busch5, et c’est un report de ces disques qui vous est proposé, en attendant que peut-être un jour les bandes «master» fassent de nouveau surface, mais en tous cas, on ne remerciera jamais assez Marcel Prawy d’avoir pris l’initiative de proposer et de mener à bien ces enregistrements. Le décès du chef d’orchestre l’année suivante a mis fin à l’ambitieux programme d’enregistrements qui était en cours d’élaboration.

1Beethoven Missa Solemnis et Mahler 2ème symphonie avec les Wiener Symphoniker et le chœur de la Wiener Singakademie.

2 Marcel Prawy (1911-2003) était une personnalité à Vienne. Avant guerre, il a été le secrétaire du ténor Jan Kiepura avant d’émigrer aux États-Unis en 1938. Il est revenu à Vienne en 1946 en tant qu’officier du Service Culturel de l’armée US, puis a été de 1950 à 1952 le responsable pour l’Europe de la firme Remington, avant de devenir en 1955 le dramaturge du Volksoper de Vienne, puis en 1972 du Staatsoper. Il était très connu pour ses émissions radiophoniques puis télévisées,produites par l’ORF.

3 Nous connaissons le détail de ses séances d’enregistrement à la Brahms-Saal: 16 octobre (de 14h à 17 h), 17 octobre (de 9h à 13h), 18 octobre (de 9h à 13h et de 14h à 18h), 19 octobre (de 9h à 13h), 20 octobre (de 9h à 13h) et 25 octobre (de 9h à 13h).

4  https://worldradiohistory.com/Archive-All-Audio/Archive-High-Fidelity/50s/High-Fidelity-1952-Spring.pdf     

5 Il existe des enregistrements de 4 autres symphonies de Beethoven: la 1ère (Chicago SO – 1949), la 5ème (New-York Philharmonic – 1950), la 7ème (WSO – 1950) et la 9ème (Radio Danoise – 1950), ainsi qu’un enregistrement isolé du Final de la 9ème (Radio Danoise – 1934).

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